L’urbanisation de la métropole ne cesse de repousser toujours un peu plus loin, espaces naturels et terres agricoles. Entre ces espaces non artificialisés et des tissus déjà urbanisés, l’espace que constitue la situation de la «frange urbaine» vient requestionner le modèle de l’urbanisme de secteur. Face à la nécessité de préserver des sols fertiles, comment assurer le bien-vivre des tissus déjà urbanisés ? Quel modèle agricole pour une souveraineté alimentaire, sans compromettre les possibles de ces espaces?
Situé en limite du parcellaire agricole, le quartier du Blanc Riez est l’une des six Zones à Urbaniser en Priorité (ZUP) de la métropole lilloise. Développés par l’Etat dans les années 1960-1970, ces quartiers ont pris la forme de grands ensembles afin de répondre aux besoins en logements de cette époque. Inscrits au Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain (NPNRU), le quartier du Blanc Riez entame aujourd’hui son renouvellement urbain.
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2021 | RESIDENCE L'ALOUETTE
2051 | LES JARDINS DU BLANC DU RIEZ
2021 | RESIDENCE LE MERLE
2051 | LA CASCADE DU BLANC DU RIEZ
2021 | RUE ROLAND GARROS
2051 | LA PROMENADE DES TOURS
2021 | LES CHAMPS DE LA RUE JULES FERRY
2051 | LES VIGNES DU DOMAINE DES TOURS
IN VINO VERITAS
HABITER LA LISIERE
HABITER LA LISIERE
Qui aurait cru que le sud de la métropole lilloise deviendrait un des domaines viticoles les plus en vue de l’hexagone ? Il y a 30 ans, cela paraissait insensé et pourtant, aujourd’hui, le Blanc du Riez (1), produit sur les terres calcaires de la commune de Wattignies, est sur le point de bénéficier d’une Appellation d’Origine Protégée (AOP).
Pour Margaux Cardon, DG du bureau de contrôle des appellations viticoles In Vino Veritas (2) : « Les conditions climatiques ont tellement changé ici... Vous vous rendez compte : des vignobles sur les terres de la bière ! Aujourd’hui les Hauts-de-France possèdent le même climat que celui de la Bourgogne il y a 50 ans. On nous a pris pour des fous en 2025 lorsqu’on a commencé l’encépagement avec du Chardonnay qui venait de Bourgogne. Et pourtant, voyez le résultat ! ».
S’il se sent en bouche, ce résultat se voit aussi dans le paysage. Vignes et houblonnières se côtoient sans rougir l’une de l’autre, ponctuées ci et là de chais et de brasseries. Certaines de ces unités de production se sont même implantées au pied des tours du quartier du Blanc Riez, quartier qui a d’ailleurs donné son nom à la future AOP.
Au 12ème étage d’une de ces tours qui abrite à sa base la Brasserie Duriez (3) où l’on produit notamment la bière « La blanche Duriez», nous rencontrons Cindy Brunon, jeune retraitée de 73 ans. Elle était arrivée là un peu par hasard, en 2018, et ce quartier, au début, elle le détestait. «Il y avait beaucoup de HLM, beaucoup de jeunes au chômage et je peux vous dire qu’on s’ennuyait ferme. Il y avait un centre commercial, mais les boutiques étaient murées. C’était limite la zone. Et puis ils ont commencé à faire tomber deux ou trois immeubles, à mettre de l’isolation extérieure, à accrocher des terrasses un peu partout avec pleins d’escaliers extérieurs. Ils ont même construit des immeubles tout en paille. D’ailleurs à côté, ils ont mis une place commerçante et le vieux centre commercial est devenu une sorte de parc avec pleins d’arbres fruitiers. Ah ça les arbres, maintenant on peut dire qu’on est servi ! Avant c’était tout bétonné. Des voitures, des parkings... Partout ! Ils ont fait ça
parce que l’air était trop pollué et aussi parce qu’avec les arrivées du Skytran et des Distridrones, ils ont commencé à surtaxer l’usage des voitures individuelles. Du coup voilà, maintenant là, j’ouvre ma fenêtre, et bien j’ai une grande terrasse ensoleillée. Je vois des champs, des vergers. J’entends les oiseaux. On peut vraiment pas se plaindre.».
A la sortie de son appartement, Cindy nous présente son voisin de palier Madjid Kiani, père de famille âgé de 52 ans, qui a passé toute sa vie dans le quartier du Blanc Riez. Il s’étonne du nouveau visage pris par sa cité.
« Aujourd’hui j’ai l’impression de vivre dans une sorte de nouvelle Babil (ndlr Babylone en arabe). Tous ces jardins suspendus, ces terrasses, ces passerelles qui relient les tours entre elles. Avant c’était une jungle de béton quasi inhumaine, maintenant c’est une jungle de verdure où il fait bon vivre. Et puis, regardez, il y a cette cascade qui coule en continue du haut de la tour là en face. Je travaille justement à l’entretien de cette cascade et de son réseau car il faut sans cesse vérifier la qualité de l’eau qui circule en circuit semi-fermée. L’eau de la cascade rafraîchit l’air l’été, coule dans les canaux suspendus et ceux qui irriguent les champs de la cité. C’est vraiment magnifique.»
« Aujourd’hui j’ai l’impression de vivre dans une sorte de nouvelle Babil (ndlr Babylone en arabe). Tous ces jardins suspendus, ces terrasses, ces passerelles qui relient les tours entre elles. Avant c’était une jungle de béton quasi inhumaine, maintenant c’est une jungle de verdure où il fait bon vivre. Et puis, regardez, il y a cette cascade qui coule en continue du haut de la tour là en face. Je travaille justement à l’entretien de cette cascade et de son réseau car il faut sans cesse vérifier la qualité de l’eau qui circule en circuit semi-fermée. L’eau de la cascade rafraîchit l’air l’été, coule dans les canaux suspendus et ceux qui irriguent les champs de la cité. C’est vraiment magnifique.»
Cet endroit presque idyllique n’aurait jamais pu naître sans la décision radicale prise par la MEL en 2028 de stopper net l’artificialisation des terres. Dans les années 20, les politiques foncières sont en faillite. Elles ont abandonné l’agriculture et les espaces forestiers à des exigences financières court-termistes contraires à la sauvegarde des écosystèmes, du climat et de la qualité de l’alimentation dont nous dépendons tous. Cette nouvelle politique de zéro artificialisation nette a permis de réguler les marchés fonciers, mais elle a surtout encouragé l’installation de nombreux paysans bioéthiques.
L’implantation de zones de revitalisation agroécologique dans les quartiers prioritaires semblait pour certains vouer à l’échec, pourtant des lieux inattendus, comme le Blanc Riez, sont devenus en quelques années de véritables coopératives agricoles soucieuses du bien être commun.
2051 | LE DOMAINE DES TOURS DU BLANC DU RIEZ